La propulsion nucléaire navale consiste à équiper des navires de surface et sous-marins avec des réacteurs nucléaires. Ce ou ces dernier(s) produisent “de la chaleur transformée en vapeur pour activer une turbine ou un ensemble électrique”. De nouveaux réacteurs expérimentaux voient le jour ou font l’objet d’expérimentations et de tests. Les technologies issues de ces recherches pourront par exemple être utilisées dans les nouveaux sous-marins de 3è génération, destinés à remplacer les lanceurs d’engins actuels. Aujourd’hui, il existe très peu de bâtiments à propulsion nucléaire à travers le monde, tout comme il existe peu de porte-avions ou de sous-marins d’attaque de ce type. Au-delà des réacteurs eux-mêmes, la propulsion nucléaire maritime implique le développement d’un grand nombre de matériels annexes : outillages, machines de chargement et de rechargement, éléments secondaires liés aux chaudières notamment… Comme les réacteurs expérimentaux (exemple du RES en France) sont régulièrement modifiés pour tester de nouveaux éléments et systèmes de contrôles, calculs, mécanique et études sont indispensables. La propulsion nucléaire a de sérieux atouts pour elle : l’énergie générée en ayant recours à l’uranium est considérable et offre des possibilités d’autonomie inatteignables par d’autres biais. Pour de longues missions sous l’eau, c’est l’approche la plus efficace. Un autre intérêt majeur du nucléaire est qu’il ne nécessite pas d’oxygène pour fabriquer de l’énergie. Dans le cas d’un sous-marin nucléaire par exemple, l’apport en énergie est tel qu’il est même possible de fabriquer de l’oxygène pour l’équipage (alimentation en air) en plus d’assurer la propulsion. Au final, avec ces éléments en tête, seuls la quantité de nourriture et le moral humain font que les missions doivent encore être limitées dans le temps ! Pour utiliser une comparaison imagée, un réacteur de propulsion nucléaire revient à faire le plein d’une voiture pour une quinzaine d’années… les cycles de vie et d’évolutions atteignent donc des proportions qui s’éloignent de ce que l’on peut connaître ailleurs. La propulsion nucléaire a ses spécificités propres, tels qu’une temporalité des projets beaucoup plus longue que dans d’autres secteurs ou encore un travail permanent sur la sûreté (en particulier pour éviter qu’un accident externe ne soit “sur-accidentogène”). Pourquoi, dès lors, l’intégralité de la flotte n’est-elle pas équipée de cette technologie ? La propulsion nucléaire : de sérieux atouts… en fonction des besoins réels Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer, parmi lesquels la dimension politique du nucléaire (au sens notamment de la perception que peut en avoir la population), ainsi qu’un rapport coût/intérêt parfois peu intéressant pour des petits bâtiments de surface qui peuvent faire le plein assez rapidement. Pour un porte-avions en revanche, l’intérêt du nucléaire est bien plus marqué sur le plan du rapport poids / puissance. Les réserves de carburant que vous n’avez pas à mettre pour propulser le navire peuvent être utilisées pour les avions. C’est aussi une source de place, ce qui fait une vraie différence sur un porte-avions, véritable ville flottante. Il y a donc un arbitrage stratégico-économique, ce qui n’est pas toujours en faveur des navires de surface : D’un côté, la compacité de la technologie permet (comparativement aux énergies fossiles) de dégager énormément d’espace dans le volume contraint qu’est celui d’un sous-marin, pour une durée opérationnelle énergétique de plusieurs années. Ce qui permet d’augmenter les espaces de vie, le stockage de vivres, etc… et par conséquent les durées des missions ! De l’autre côté, le « carburant nucléaire » alimentant le navire doit subir des opérations de raffinage, dont les coûts augmentent exponentiellement à mesure que l’on améliore la « pureté » du combustible. Pour illustration, les technologies des États-Unis, de la Grande-Bretagne ou de la Russie peuvent atteindre un raffinage dépassant 90 %. La France pour sa part est totalement indépendante sur cette technologie, et ce, sur la totalité de la chaine. Son parti pris a été de développer un type de réacteur (K15, RES, K’) utilisant un combustible beaucoup moins enrichi (environ 6%), ce qui est plus proche des enrichissements des réacteurs civils. Il faut donc être un pays solide financièrement et doté d’une volonté politique forte allant dans ce sens. Découvrez dès maintenant le site officiel d’Ametra Group et n’hésitez pas à nous suivre sur LinkedIn pour ne rien manquer des actualités du groupe. image principale : L’USS Enterprise et le Charles de Gaulle croisant en Méditerranée ©US Navy/Mate Airman Doug Pearlman
Modélisation des dommages dans les matériaux composites
Modélisation d’un impact sur une coque de dériveur en composite grâce à notre outil interne ALPS. La couleur représente le taux d’endommagement ©Ametra Research La quête d’une meilleure optimisation des structures, souvent liée à des critères écologiques et économiques, pousse à une adoption de plus en plus large des composites dans de nombreux domaines de l’industrie. Réaliser des avions, des trains ou des voitures plus légers permet de réduire leur consommation de carburant de façon significative, optimisant de fait leur coût d’utilisation et leur impact carbone. Ainsi, si cette amélioration incrémentale n’est pas une solution finale au challenge que représente la réponse aux dérèglements climatiques, elle permet de diminuer l’impact carbone des industries du transport le temps de développer une approche permettant de le réduire à zéro (voir ici par exemple). Les composites sont donc de bons candidats car leurs structures hétérogènes (composées de multiple matériaux) permettent de n’inclure des renforts que là où ils sont absolument nécessaires. Ces renforts se présentent en général sous la forme de tissus et/ou de réseaux de fibres hautes performances (Carbone, Verre, Aramide ou autres) enveloppés dans une résine servant de liant. Ainsi, le béton armé est tout autant un composite qu’une pièce en fibre de carbone et résine époxyde. L’appellation « matériaux composites » classiquement utilisée par le grand public fait en général référence à un sous-ensemble de ces matériaux composites au sens large : les matériaux composites à matrice organique (CMO). Un CMO est un composite dont le liant est une résine polymère. C’est sur ce type de matériaux qu’Ametra Research travaille dans le cadre du projet ORCA. Comme explicité ci-dessus, les CMO présentent de nombreux avantages. Il reste encore aujourd’hui beaucoup de questions ouvertes quant à leur utilisation en situation critique et leurs modes d’endommagement. Ces points, sur lesquels les connaissances sont encore limitées, poussent les ingénieurs concevant des structures composites à les sur-dimensionner et à réaliser des campagnes expérimentales extensives et couteuses. Lorsque l’on travaille sur des matériaux plus « classiques » comme des métaux, ou des plastiques homogènes, il est d’usage de réduire l’échelle des campagnes expérimentales en se servant de logiciels de simulation. Ces campagnes permettent de réduire à la fois les coûts en matière première et en prototypage. Pour effectuer ce type de simulation, la méthode la plus répandue à ce jour dans les bureaux d’étude du monde entier est la méthode des éléments finis (FEM pour Finite Element Method). Il est courant, dans la nature, de trouver des phénomènes liant une grandeur à son évolution. Par exemple, en admettant qu’une voiture soit partie de Fontenay-aux-Roses à 13h et qu’elle soit arrivée à Orléans à 14h, on peut alors affirmer qu’elle a roulé à 120 kilomètres par heure : on a donc comparé une différence de position de 120km avec une différence d’heures. Si on suppose que l’évolution de la position de la voiture, sa vitesse, était constante pendant le voyage, on peut estimer qu’elle se trouvait à mi-chemin à 13h30. Il est donc possible de calculer la position de la voiture en fonction des différences entre l’endroit et l’heure du départ et d’arrivée. Ce type de calcul faisant intervenir des évolutions de grandeurs physiques est donc appelé un calcul différentiel. Il est important de noter que si la vitesse n’est pas constante au cours du voyage, le calcul est alors bien plus complexe. Le calcul différentiel est à la base de nombreuses équations régissant le comportement des choses qui nous entourent, et le comportement des matériaux ne déroge pas à cette règle. La FEM est un outil très puissant, car elle repose sur l’idée de découper des problèmes différentiels complexes en une somme de problèmes simples. Malheureusement, cette dernière est intrinsèquement incapable de représenter une apparition d’endommagement sans intervention d’artifices numériques (on vous épargne ici les détails). Lorsque l’on souhaite dimensionner des pièces fabriquées en CMO, en particulier leurs assemblages, il est fondamental de prendre en compte l’endommagement de ces dernières. En effet, elles ont tendance à s’endommager de façon moins visible et donc plus insidieuse que des pièces classiques. L’affaiblissement voire la rupture complète du lien entre fibre et matrice est par exemple très difficile à observer à l’œil nu, alors qu’il peut être la cause d’une forte dégradation des capacités du composite. Par ailleurs, dans de nombreux cas de chargements accidentels, une pièce en métal va se déformer de façon irréversible longtemps avant d’atteindre la rupture, tandis qu’une pièce en composite sera plus sujette à une rupture soudaine et brutale. Ainsi, afin d’assurer la sécurité des passagers, des conducteurs, des sportifs ainsi que l’ensemble des utilisateurs de matériaux composites, il est nécessaire de développer de nouvelles approches numériques. Ces dernières se doivent d’être capables de répondre aux problématiques liées à la modélisation de l’endommagement. Elles permettraient de ce fait d’optimiser la conception de ces produits toujours plus innovants. Nous travaillons donc, au sein d’Ametra Research, au développement et à la validation d’un code de calcul d’une méthode innovante et prometteuse. Cette méthode s’appelle la Péridynamique. Introduite au début des années 2000, elle est basée sur une approche dite particulaire. Ainsi, contrairement à la FEM, elle ne repose pas sur la résolution directe d’équations différentielles. Elle n’est donc pas sujette aux même limites que la FEM, ce qui la rend particulièrement attrayante dans le cadre de la modélisation d’impacts et de ruptures. La péridynamique sera décrite plus en détail dans un article publié prochainement sur notre blog. Découvrez dès maintenant le site officiel d’Ametra Group et n’hésitez pas à nous suivre sur LinkedIn pour ne rien manquer des actualités du groupe.
Nucléaire de troisième génération : l’évolution vers l’EPR2
L’acronyme EPR désigne le réacteur européen à eau pressurisée (Evolutionary Power Reactor), développé dans les années 90 par NPI (société détenue par Framatome SA et Siemens KWU). Après Taishan 1 & 2, les EPR en Finlande à Olkiluoto, en France à Flamanville et au Royaume-Uni à Hinkley Point, une nouvelle étape est envisagée en France avec le programme EPR2 qui constitue la nouvelle génération d’EPR. Le plan de construction de 3 paires de réacteurs sur des sites existant (6 EPR au total) est en cours de réflexion entre EDF et le Gouvernement, avec pour objectif une remise de l’offre à l’Etat mi 2021, et décision d’investissement à horizon fin 2022. L’objectif pour le groupe EDF est de lancer un nouveau modèle qui délivre à peu près la même puissance que les EPR actuels, mais à coût inférieur et en permettant de préserver et faire rayonner les compétences de la filière nucléaire française. Un enjeu important : la pérennisation des compétences La pérennisation des compétences est un enjeu capital pour la filière nucléaire française. La conduite et la réalisation des grands programmes nucléaires nécessitent une expertise technique spécifique en conception, en procédés de fabrication, et en sureté. EPR2 constitue une des rares perspectives de nouveaux projets dans ce secteur et devient fondamental pour permettre de développer les compétences au sein des nouvelles générations d’ingénieurs. L’approche : capitaliser sur l’existant pour passer à l’étape suivante Le deuxième objectif est de capitaliser sur les EPR actuels pour concevoir et fabriquer les EPR2 sur la base du retour d’expérience issu de la génération actuelle. Ametra Group a travaillé et continue de travailler sur les EPR actuels, afin d’accompagner Framatome et Edvance en apportant ses compétences en mécanique et en calcul. Ces dernières seront mises au service du nouveau projet de réacteurs. L’idée est de contribuer au développement de la génération à venir en utilisant le retour d’expérience recueilli jusqu’alors. À l’heure actuelle, une équipe Ametra travaille déjà sur la capitalisation vers l’EPR2, notamment sur la question des piscines en vue d’en faire bénéficier la filière, même si le projet n’est pas encore lancé par Le Gouvernement. Les défis à relever Dans la mesure où l’objectif de l’EPR2 est de concevoir un EPR moins cher, mais qui offre le même niveau de performance que la génération actuelle, l’un des défis majeurs est la démonstration auprès de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) de la conformité en matière de sureté à des coûts moindres. L’un des axes de travail est donc de rationaliser l’approche pour atteindre cet objectif. Ametra a constitué une équipe experte en conception mécanique pour travailler sur ces enjeux. Les liners ont été mentionnés, mais le travail porte sur bien d’autres éléments de mécanique et de tuyauterie. Cette implication souligne d’autant plus l’expérience et le savoir-faire du groupe dans le secteur nucléaire depuis sa participation aux programmes majeurs comme le RJH et le nouveau nucléaire jusqu’à sa participation à la commission innovation du GIFEN, pour ne citer que ces projets. Découvrez dès maintenant le site officiel d’Ametra Group et n’hésitez pas à nous suivre sur LinkedIn pour ne rien manquer des actualités du groupe. image principale : EPR de Flamanville © Ouest France
